Une nouvelle communauté à Bagdad

Deux « filles de Notre-Dame du Mont Carmel » avec les trois religieuses du Carmel Saint-Joseph, sœur Marie-Thérèse, sœur Patricia et sœur Lina.

La congrégation des sœurs du Carmel Saint-Joseph a fondé une communauté à Bagdad en septembre dernier. Cette communauté, composée des sœurs Lina, Marie-Thérèse et Patricia, a la responsabilité de l’école Saint-Joseph des pères carmes déchaux ouverte depuis quatre mois.

Un projet éducatif large

Cette école primaire mixte offre, en plus du programme officiel, des laboratoires de français et d’anglais, d’informatique, de physique et de chimie. Les enfants bénéficient d’activités sportives, théâtrales et artistiques. Les sœurs accompagnent les professeurs dans leur mission éducative. Elles accordent une grande importance à la création d’un esprit de famille entre les professeurs ainsi qu’avec les parents et les enfants. Il s’avère essentiel d’établir un climat d’estime réciproque dans un pays où les personnes ont des raisons légitimes de vivre dans la défiance. Il s’agit tout particulièrement des relations entre musulmans et chrétiens, ces derniers étant devenus une infime minorité. Il y a quatre enfants chrétiens sur la trentaine d’élèves que compte l‘école en cette première année !

Sœur Lina :

Libanaise et maronite, entrée en 1998 au Carmel Saint-Joseph, elle est professeur de pédagogie avec une spécialisation en arabe et en français. Après avoir fait sa formation religieuse au Liban puis en Égypte et acquis une licence de théologie, elle a été envoyée en Syrie. Ayant perçu la dimension missionnaire de sa vocation, elle part successivement au Caire et en Israël où elle entend l’appel lancé par sa congrégation pour la fondation d’une communauté à Bagdad. Cet appel avait déjà été reçu, mais l’attentat dramatique du 30 octobre 2010 contre la cathédrale syriaque Notre-Dame de Délivrance fit avorter alors un premier projet de fondation. Elle décide de répondre à nouveau malgré la peur de l’inconnu et le fait de n’avoir jamais participé à la fondation d’une communauté dont elle est, de plus, nommée prieure. Elle donne des cours de français à l’école et s’occupe de la catéchèse pour les quatre enfants chrétiens.

Elle travaille aussi à la formation de catéchistes dans une paroisse syrienne catholique. La communauté souhaite en effet être au service de toutes les églises et jouer un rôle de communion au sein d’un monde chrétien extrêmement divisé. Elle a ainsi noué de nombreuses relations au sein de la famille carmélitaine et en dehors. Elle est bouleversée par la qualité d’accueil qu’elle rencontre partout. Elle perçoit à quel point les irakiens sont chaleureux et généreux. Leur joie est d’autant plus remarquable que la connaissance plus profonde des personnes permet de découvrir le poids de souffrances considérables qu’elles portent intérieurement. Toutes ont vécu la perte violente de l’un des leurs du fait de la persécution ou de la guerre et doivent assumer la dispersion de leur famille aux quatre coins du monde. Elle commence déjà à adopter ce peuple dans lequel elle désire s’inculturer pleinement.

Sœur Marie-Thérèse

Égyptienne et copte catholique, elle est entrée au Carmel Saint-Joseph à l’âge de 19 ans. Licenciée en arabe, elle a consacré une large part de sa vie religieuse à l’éducation. Elle a participé à la fondation d’une communauté en Haute Égypte et a exercé des responsabilités telles que maîtresse des novices ou directrice d’école. Elle a enseigné l’Écriture sainte à l’institut de formation catéchétique du Caire. Sollicitée pour participer à la fondation à Bagdad au titre de directrice de l’école, elle a d’abord éprouvé de la crainte quant au fait de vivre dans un pays réputé pour sa violence. Après un temps de discernement, elle a consenti à répondre positivement à l’appel.

Venue en éclaireuse passer quatre mois à Bagdad il y a un an, elle a été conquise par la vitalité de la communauté chrétienne et carmélitaine qu’elle y a rencontrée. Dès lors, elle a elle-même encouragé le conseil de sa congrégation à poursuivre le projet. Elle porte la création de cette nouvelle école avec courage malgré bien des difficultés. La charge est d’autant plus lourde qu’il lui faut en même temps s’adapter à un pays étranger.

À ce titre, le fait de commencer avec seulement deux classes s’avère providentiel. Il a fallu constituer rapidement un corps enseignant cohérant et qualifié, ce qui s’est fait avec des tâtonnements inévitables. Elle a été confrontée en outre à des parents musulmans intolérants venus dans l’intention d’encourager les autres à retirer leurs enfants d’une école chrétienne. L’exclusion de ces familles a permis de retrouver le calme. Les relations sont devenues alors confiantes et chaleureuses. En quatre mois à peine, l’école se trouve modestement, mais sûrement fondée sur de bonnes bases au plan humain et éducatif.

Sœur Patricia :

Libanaise et carmélite au Carmel Saint-Joseph depuis dix ans. Elle a une formation de jardinière d’enfants et un diplôme en catéchèse obtenu auprès d’un institut catéchétique français. Elle a fait sa formation religieuse au Liban et en Syrie, puis elle a été envoyée en Égypte pour diriger un jardin d’enfant de la congrégation. À l’école, elle enseigne aussi le français et fait l’expérience du caractère indiscipliné et entêté des enfants. Elle constate cependant qu’en les prenant par le cœur, elle obtient d’eux toute l’attention requise.

Elle souhaite aussi créer des liens avec des chrétiens des diverses églises pour donner un témoignage d’ouverture à tous et être ferment d’unité. Elle est frappée de ce point de vue par un contexte ecclésial très différent de celui du Liban qui comporte pourtant un aussi grand nombre de confessions chrétiennes.

Il en va de même pour les relations avec les musulmans, les chrétiens d’Irak vivant dans un contexte de soumission dans une société où l’Islam est religion d’état. Elle souligne enfin combien la première mission de leur communauté est de donner le témoignage d’une vie fraternelle fondée sur la prière et dévouée dans le service.

Un rythme communautaire

Sœur Patricia et sœur Lina devant le couvent

Ainsi les sœurs se retrouvent dès 5 h 45 pour l’oraison suivie à 6 h 30 des laudes et du petit déjeuner. L’école ouvre à 7 h 30. Six cours de 40 minutes s’échelonnent de 8 h 00 à 15 h 00. Il n’y a pas de repas communautaire le midi en raison de la disponibilité exigée par le service de l’école. Les sœurs se retrouvent à 18 h 00 pour l’eucharistie suivie de l’oraison à 18 h 45 et des vêpres à 19 h 30. Après le repas communautaire pris à 20 h 00, la journée s’achève par les complies.

Avec elles, je rends grâce pour ce nouveau germe évangélique semé en terre d’Irak.

Fr. Olivier ROUSSEAU, ocd

(Paris)


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