Retour à Dieu du P. Benoît Langlois (1923-2019)

P. Benoît LangloisLe vendredi 21 juin à 5 heures du matin, notre frère Benoît a surpris tout le monde. Un frère qui l’avait vu deux jours avant l’avait trouvé « en bonne forme », malgré son handicap d’une vue extrêmement déficiente.

Le P. Benoît nous a donc quittés sereinement, à l’âge vénérable de 95 ans, dans sa chambre de la Résidence Africa de Nogent-sur-Marne où il vivait depuis plusieurs années avec trois autres de nos frères anciens.

Ses obsèques ont été célébrées le jeudi 4 juillet 2019 à 10h30 dans la chapelle de la Résidence Africa 24 rue de Plaisance 94130 Nogent-sur-Marne.

L’inhumation a eu lieu dans notre cimetière conventuel d’Avon après nous être retrouvés à 15h à la chapelle du Couvent des Carmes 1 rue Père Jacques 77210 Avon.

Homélie des obsèques

Chers amis,

1. Notre cher frère Benoît de Jésus nous réunit tous dans cette Eucharistie près de Jésus dont il portait le Nom. Oui, nous retrouvons notre frère vivant pour l’éternité dans la Miséricorde Infinie de Jésus, enveloppé par la tendresse de Marie, Reine et Beauté du Carmel!

Quand le P. Guillaume, notre Provincial, m’a demandé de prononcer cette homélie, comme ancien novice du P. Benoît, j’ai d’abord eu un moment d’hésitation, en pensant que de nombreux frères de la Province étaient plus proches de lui et le connaissaient mieux que moi. Mais j’ai ensuite compris que je devais accepter dans toute la simplicité de l’amour fraternel, pour remercier le Seigneur et aussi celui qu’il avait choisi pour guider mes premiers pas dans l’Ordre du Carmel il y a plus de 50 ans.

Nous étions alors deux novices de la Province de Paris, Guy Gaucher, prêtre diocésain de Paris, et moi-même, jeune de 19 ans. Ensemble nous avons reçu l’habit du Carmel, et après un an de noviciat au Couvent de sainte Anne de Bordigné sous la direction du P. Benoît, nous avons fait ensemble notre première Profession le 3 octobre 1968 qui était alors la fête de sainte Thérèse de Lisieux. Six novices de la Province du midi nous avaient rejoints: Trois coréens, deux canadiens et un français. Tel était le petit troupeau que le P. Benoît a guidé avec beaucoup d’amour, de sagesse et de patience sur les chemins de la prière et de la vie fraternelle (avec déjà de belles initiatives post-conciliaires, comme une inoubliable session biblique sur Job animée par le P. Jean-Christian Lévêque, et aussi une semaine de vacances du Noviciat à Saint Pair sur Mer).

Lorsque le P. Gaucher est mort il y a 5 ans, le P. Philippe qui était alors prieur de Lisieux m’a demandé de faire l’homélie pour mon ancien confrère du Noviciat. Aujourd’hui, c’est pour notre maître des novices. Benoît e Guy se retrouvent pour toujours fraternellement unis dans la pleine Lumière de Jésus Ressuscité.

2. Rappelons les grandes étapes de la longue vie de notre frère Benoît, Daniel Langlois, qui était né en 1923, le quatrième d’une famille de 7 enfants. Ordonné prêtre le 29 juin 1950 à Notre-Dame de Paris par le Cardinal Feltin, il allait fêter son 69ème anniversaire de Sacerdoce lorsque le Seigneur est venu le chercher le 21 juin dernier! L’abbé Daniel Langlois a vécu ses dix premières années de sacerdoce au service du diocèse de Paris comme vicaire à St Pierre du Gros Caillou puis à St Jean-Baptiste de Grenelle.

Entré en 1960 dans notre Ordre du Carmel, au Couvent de sainte Anne de Bordigné, il y devenait maître des novices en 1965 jusqu’en 1973, dans les années difficiles de la crise de 1968. Il a ensuite appartenu aux communautés d’Avon, de Gommerville et de Lille. Après avoir été Prieur du Couvent de Gommerville, il devait y reprendre sa mission de maître des novices entre 1985 et 1992. Pendant de longues années, il a été membre du Conseil provincial avant de rejoindre nos couvents de Paris puis d’Avon, dans une vie continuellement donnée au service des frères de la Province et aussi de nos soeurs carmélites, de l’Ordre Séculier et des communautés carmélitaines.

Dans tout ce parcours il nous a donné l’exemple d’un religieux toujours disponible pour accepter les missions qui lui étaient confiées. De même dans les épreuves de santé qui ont marqué les dernières années de sa vie, surtout sa progressive cécité, il a toujours fait preuve d’une grande sérénité, attentif aux autres et oublieux de lui-même.

Enfin, il a vécu les six dernières années de sa vie dans cette communauté de Nogent, toujours disponible pour tous ces frères et toutes ces soeurs qui l’entourent maintenant réunis dans cette eucharistie.

3. Les deux textes bibliques qui ont été choisis pour cette célébration sont comme deux phares qui illuminent toute la vie et la physionomie spirituelle de notre frère Benoît. Il aimait tout particulièrement ce texte magnifique de saint Paul au début de sa lettre aux Ephésiens. Je me souviens qu’il nous en avait donné un beau commentaire dans une de ses conférences au noviciat.

Oui, « le Père nous a choisis dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et immaculés devant lui dans l’amour ».  Le P. Benoît avait un sens très profond de notre grande vocation à la sainteté, avec toutes ses exigences. Il en vivait personnellement et il en témoignait.

Dans cette lumière, on peut considérer sa longue vie comme un vrai chemin de sainteté. N’ayons pas peur de ce mot, la sainteté, que le Concile Vatican II et notre Pape François nous rendent plus familier. C’est la sainteté « de la porte d’à côté », la sainteté commune faite de tous les petits pas de la vie quotidienne pour marcher dans l’Amour du Seigneur et du prochain, avec toutes nos limites humaines.  C’est la sainteté praticable et imitable que Thérèse de Lisieux aimait contempler en Marie.

A ce propos, on a trouvé un texte très significatif du P. Benoît, où il écrivait: « Quel que soit notre passé, la sainteté est toujours possible puisqu’il est toujours à notre portée de repartir avec la grâce de Dieu ». Il développait cette pensée avec une belle citation du P. abbé de Timadeuc, Dom Emmanuel de Miscault:

Aujourd’hui, c’est le premier jour du reste de ma vie. Une phrase qui fait sursauter. Une phrase qui donne du courage. J’ai encore du temps devant moi. J’ai encore une chance. Je peux commencer, débuter d’une nouvelle façon, autrement qu’avant. Même si j’ai vieilli. Ce qui était hier ne peut être changé. Mais aujourd’hui je peux faire commencer le reste de ma vie! Combien de fois encore? Je ne sais. Mais aujourd’hui je le peux. Aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie. Aujourd’hui, c’est comme un jour de naissance.  Aujourd’hui j’ai l’espérance, aujourd’hui j’ai devant moi l’avenir. Il ne cesse jamais, mais il commence aujourd’hui.

Chers Amis, avec ce beau texte, notre frère Benoît nous ouvre son coeur. C’est comme un testament spirituel, une invitation à vivre comme lui cet engagement quotidien sur le chemin de la sainteté.

Enfin, notre frère nous a redonné aujourd’hui l’Evangile des béatitudes, ce texte que l’Eglise nous propose pour la fête de tous les saints. C’est Jésus lui-même qui déclare bienheureux tous ceux qui le suivent. « Bienheureux les coeurs purs, car ils verront Dieu ». C’est la grande promesse de la vision face-à-face après la mort, c’est le mystère de l’Eglise du Ciel qui est l’horizon de notre vie sur la terre. En offrant cette Eucharistie pour notre frère Benoît, nous demandons à Jésus l’ultime purification de son âme et l’entrée dans la pleine lumière de son royaume. Alors s’accomplira pour lui ce que Thérèse de Lisieux écrivait dans sa dernière lettre au P. Roulland

Je compte bien ne pas rester inactive au Ciel, mon désir est de travailler encore pour l’Eglise et les âmes, je le demande au bon Dieu et je suis certaine qu’Il m’exaucera (…) Mon Frère, vous voyez que si je quitte déjà le champ de bataille, ce n’est pas avec le désir égoïste de me reposer. (…) Ce qui m’attire vers la Patrie des Cieux, c’est l’appel du Seigneur, c’est l’espoir de l’aimer enfin comme je l’ai tant désiré et la pensée que je pourrai le faire aimer d’une multitude d’âmes qui le béniront éternellement (LT 254).

O Seigneur Jésus, donne à notre frère Benoît de vivre cela avec nos saints du Carmel, connus et inconnus. O Marie, Reine et Beauté du Carmel, accueille notre frère auprès de ton Fils, et aide-nous à marcher nous aussi dans la même confiance que tu seras près de nous « à l’heure de notre mort ».

Cher frère Benoît, nous te remercions pour tout ce que tu nous a donné et nous te demandons de rester proche de nous dans la plénitude de l’Amour fraternel. Amen.

Nogent, le 4 juillet 2019
Fr François-Marie Léthel ocd

 

 

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