Profession solennelle Fr. Jean-Baptiste de Marie, Mère de la Vie

Frère Jean-Baptiste de Marie,
Mère de la Vie
a fait sa  profession solennelle le dimanche 1er novembre 2020, en l’
église Saint-Joseph
des Carmes.

Homélie du frère Cyril :

« Nous le verrons tel qu’Il est », nous affirme saint Jean dans la deuxième lecture, en parlant de Dieu et du bonheur qu’il y aura à être éternellement à ses côtés, éternellement au sein de son Amour infini, éternellement à Le contempler, et même à Le contempler dans son acte de nous rendre de plus en plus heureux. Cher Jean-Baptiste, au lieu d’écrire « nous le verrons tel qu’Il est », Saint Jean aurait pu écrire : « Je veux voir Dieu » et chanter « Je veux voir Dieu, je veux contempler mon Sauveur, je veux puiser à sa lumière la joie infinie de mon cœur » (musique de fr. Jean-Baptiste D) … Car c’est bien ce que l’apôtre affirme.

Contempler Dieu et le laisser nous apaiser, nous enflammer, au sein de la prière silencieuse. Tel est l’un des trois éléments fondamentaux qui se vit au sein de la famille des frères carmes, famille que tu t’apprêtes aujourd’hui à rejoindre définitivement, solennellement, au sein de la Province de Paris.

Et pourtant. Un deuxième élément essentiel de la vie thérésienne est celui de la charité fraternelle. Car nul ne peut voir Dieu tel qu’Il est, nul ne peut le contempler dans la prière d’oraison, nul ne peut recevoir silencieusement au front « le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant », comme le rappelle la première lecture, sans se mettre à aimer à son tour.

Tu t’inscris ainsi dans la lignée d’hommes et de femmes qui, dès les origines de leur présence sur le Mont Carmel au début du 13ème siècle, a pour mission de se tenir devant Dieu … pour tous. Les premières commémorations liturgiques et solennelles propres à l’Ordre le rappellent. En effet, en prenant l’initiative d’adjoindre à la fête ecclésiale universelle de l’Annonciation – un Mystère dans lequel Marie ne se dérobe pas à la présence céleste qui se tient devant elle –, une fête liturgique propre pour célébrer solennellement la Visitation, les premiers frères de l’Ordre perçoivent un lien intime entre cette mise en présence de Dieu et la charité fraternelle qui en découle. La vie, puisée par l’un des frères devant Dieu, se transmet ensuite à tous, à commencer par la communauté. Et Marie, lors du Mystère de l’Annonciation et de la Visitation qui en découle, en est le modèle suivi dès leurs débuts par les carmes.

Tu te situes bien dans cette lignée, toi pour qui Marie est la Mère de la Vie, selon le mystère de profession religieuse que tu as choisi. Non seulement elle a enfanté l’Auteur de la Vie, mais elle l’a transmis au monde, au sein de l’Église, où elle enfante ses enfants à la Vie de son Fils. C’est un beau mystère de profession religieuse ; Marie Mère de la Vie, Mère qui t’appelle à cheminer toujours plus avant sur le Mont Carmel. Tu étais initialement en route sur un chemin nouvellement frayé, appelé Chemin Neuf. Chemin prometteur, oui, sur lequel tu étais en route avant de t’engager ensuite, à la faveur d’un croisement, sur le sentier carmélitain. Sentier bien sécurisé, ce qui ne veut pas toujours dire confortable (car on y renonce à soi), mais en tout cas bien dégagé depuis qu’il a été balisé par notre Mère sainte Thérèse d’Avila et notre Père saint Jean de la Croix …

C’est peut-être sur un sentier semblable à celui-là que les foules de l’évangile d’aujourd’hui ont « gravi la montagne ». Le Christ les y a précédées et entraînées vers le sommet. Une fois parvenu, Jésus leur a formulé les Béatitudes : heureux les pauvres de cœur, heureux les doux, heureux les artisans de paix, et encore « heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». Voir Dieu – encore une fois ! –, une béatitude promise pour les cœurs purs. Une promesse de pureté rappelée par saint Jean : « quiconque met en [Dieu] une telle espérance [celle de le voir tel qu’il est] se rend pur comme Lui-même est pur ». Et une béatitude dont la Règle du Carmel se fait l’écho : que « chacun, en quelqu’Ordre qu’il se trouve ou quel que soit le genre de vie religieuse qu’il s’est choisi, doit vivre dans la dépendance de Jésus-Christ et le servir fidèlement d’un cœur pur ». Un cœur pur est le bien de celui qui se présente au soleil comme l’eau claire d’un ruisseau de montagne ; eau qui se laisse tout imprégner de la clarté de la lumière, malgré le danger de contrariétés anxiogènes pouvant ternir ces eaux limpides.

Heureux es-tu, frère Jean-Baptiste, car Jésus proclame «Heureux les doux», et tu as un cœur qui se laisse facilement apprivoiser, comme celui d’un certain renard dans Le Petit Prince. Et Jésus proclame : « Heureux les artisans de paix », et tu œuvres sans vacarme – ou plutôt avec Va’carme ! – pour transmettre autour de toi le don de la paix qui t’es fait. Ou encore, Jésus affirme : « Heureux les miséricordieux ! », et tu te montres facile à vivre avec autrui, sans bruits de paroles intempestives.

Alors oui, tu as toute ta place « dans cette foule immense [de carmes] de toutes nations, tribus, peuples et langues », au sein d’une liturgie fraternelle qui s’élève « devant le Trône et devant l’Agneau ». C’est vrai, tu vis parfois la célébration de cette liturgie où Ciel et terre s’entremêlent comme une « grande épreuve ». Mais elle te permet de te conformer davantage à l’Agneau que tu célèbres, Lui, « la source et le modèle de tout apostolat » (Constitutions des Carmes Déchaux §87), pour évoquer ce troisième élément, ce troisième pilier du style de vie que tu embrasses définitivement aujourd’hui.

En ce jour qui te sera désormais un double anniversaire, Jésus conclue : « Réjouis-toi, sois dans l’allégresse, ta récompense est grande dans les cieux », et elle se donnera en partage avec tes proches et celles et ceux que tu auras accompagnés jusqu’au sommet. Amen

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