Messe de réparation à Avon

Dans la nuit du 31 janvier, nos frères Carmes d’Avon ont été victimes d’un cambriolage désolant. Après s’être introduits dans le couvent, des malfaiteurs, ont dérobé du matériel informatique, des vases sacrés et, plus grave encore, ont réussi à emporter le tabernacle contenant les Saintes Espèces.

La communauté blessée par cet acte terrible remercie tous ceux qui lui ont manifesté sa proximité et sa communion dans la prière, à commencer par Mgr Jean-Yves Nahmias, évêque de Meaux, le P. José, curé du pôle missionnaire de Fontainebleau et tous les fidèles et amis des frères.

Devant cette profanation, Mgr Nahmias a célébré une messe de réparation  le dimanche 19 février. La chapelle était comble et tout le monde, les frères comme les fidèles, ont été très touchés par cette célébration centrée sur l’action de grâces pour le don de l’Eucharistie. La douleur et l’incompréhension ont donc laissé place au pardon, à l’espérance et à un engagement renouvelé à adorer le Seigneur présent dans le Saint-Sacrement et venant renouveler nos vies.

Voici quelques photos de cette messe et le texte de l’homélie de Mgr Nahmias :

Textes liturgiques : Lv 19, 1-2. 17-18 ; Psaume 102 (103) ; 1 C0 3, 16-23 ; Mt 5, 38-48

La paix soit avec vous ! Oui, que la paix du Christ ressuscité se répande en vos cœurs. Chers frères carmes, je sais que le vol du tabernacle vous a beaucoup affectés. C’est légitime, car le cœur de cette maison, le cœur de votre vie se déroule ici, dans ce sanctuaire. Vous venez y célébrer la messe et la liturgie des heures. Vous venez y vivre ensemble les deux heures d’oraison quotidienne. Et au centre de ce sanctuaire, il y a le Saint-Sacrement, la présence fidèle du Seigneur tout au long de notre vie.

Comme dit le psaume 102 que nous entendrons tout à l’heure, nous expérimentons devant le Saint-Sacrement que « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses ». Vous avez été blessés par cet événement, mais vous avez aussi reçu de nombreux témoignages de solidarité et de fraternité. Là aussi, c’est normal. Lorsqu’un membre du corps est blessé, c’est tout le corps qui est affecté. Demandons à Dieu pardon pour ce qui s’est passé et faisons monter vers lui notre louange.

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messe de réparation

« Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5, 48). Comment comprendre cette affirmation du Christ que nous venons d’entendre dans l’Evangile de ce dimanche ? Elle est surprenante car elle est comme une promesse qui va s’accomplir pleinement. Quelle est cette perfection que le Christ nous présente ? Aimer son frère, aimer son prochain : le Christ est très concret dans les exemples qu’il donne. A celui qui veut prendre ta tunique, donne-lui ton manteau. A celui qui te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. A qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos ! Le Seigneur nous appelle donc à une réponse généreuse et ample dans nos relations humaines, pas seulement avec nos proches et nos amis, mais aussi avec nos ennemis. Aimer comme Dieu ! Comment cela est-il possible ? Comment pourrions-nous être parfaits comme Dieu est parfait ? Nous ne sommes pas Dieu et nous le savons que trop : nous sommes pécheurs, de pauvres pécheurs. Par nos seules forces, même avec la meilleure volonté du monde, nous ne pouvons devenir comme Dieu.

« Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Cette promesse est adressée aux disciples, à ceux et celles qui décident, qui acceptent d’être disciples du maître, et comme lui de devenir serviteurs de leurs frères. Cette promesse s’adresse à notre liberté et appelle notre adhésion, notre engagement libre. Nous ne pouvons pas nous-mêmes devenir parfaits, mais nous pouvons consentir à ce que Dieu agisse en nous avec puissance et change notre cœur de pierre en cœur de chair. C’est Dieu qui agit et c’est à nous de lui offrir notre adhésion, l’adhésion du cœur, l’adhésion des actes. Comment s’accomplit en nous cette œuvre de transformation profonde ? Elle se fait bien sûr au-delà de notre conscience, mais elle ne peut pas avoir lieu sans notre « oui », sans notre consentement libre à l’action de Dieu en nous. C’est pourquoi nous avons pu proclamer au moment de l’Alleluia :« En celui qui garde la Parole du Christ, l’amour de Dieu atteint vraiment sa perfection. » (1 Jn 2, 5).

Monseigneur Nahmias

Chers frères carmes, vous en avez l’expérience et c’est le cœur de votre vie : la méditation de la Parole vivante du Christ crée en nous le désir d’être de vrais disciples et donne à l’Esprit Saint l’espace pour agir en nous. Le moteur de notre conversion est de nous livrer ainsi à la puissance de sa Parole. Pour cela, nous sommes appelés avec fidélité à la méditation de l’Ecriture et au cœur-à-cœur de la prière. Là, nous expérimentons que Dieu est présent, qu’il nous rend libres et qu’il exauce nos prières. La fidélité à la table de la Parole nous conduit à participer pleinement à la table eucharistique. Là, le Seigneur nous saisit dans son offrande pascale, il nous nourrit de son corps et de son sang pour que nous aimions comme lui. Il s’est livré pour nous afin que nous recevions de lui la vie éternelle : livrons-nous à son amour. Le mémorial du dernier repas du Christ nous ouvre ainsi à vivre au quotidien l’amour fraternel et le lavement des pieds. « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Le Dieu trois fois saint fait de nous des saints ; il nous rend capables d’aimer comme lui, de pardonner comme lui. De cette reconnaissance jaillit la louange, l’action de grâce gratuite pour l’œuvre de Dieu.

Nous pouvons mettre sur nos lèvres le psaume 102 : «  Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! Car il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d’amour et de tendresse. » Louons le Seigneur, lui qui fait de nous des saints ! Amen.

 Jean-Yves Nahmias, Evêque de Meaux


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