Débat : Avons-nous besoin d’être sauvés ?

Vous pouvez écouter un débat qui a eu lieu dans le cadre des Etats généraux du christianisme et où intervient notre frère Jean-Baptiste, carme du couvent de Lille : « Avons-nous besoin d’être sauvés ? » Le Salut est au coeur de la foi. Mais plus personne n’en parle vraiment. Reprenons à zéro!

Avec Jean-Baptiste Lecuit, théologien (à gauche) et Denis Moreau, philosophe et écrivain. Animé par Christine Florence, journaliste à La Vie.

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Le compte-rendu du débat

Aujourd’hui encore, la question du salut demeure d’actualité. Une double interrogation s’impose. De quoi avons-nous besoin d’être sauvés et comment pouvons-nous l’être ? S’appuyant sur les règles de la sotériologie et avec l’éclairage de la théologie, Denis Moreau et Jean-Baptiste Lecuit lèvent le voile autour de cette problématique.

La notion du salut n’est pas une vieillerie. Dans le langage courant, elle demeure bien présente. Combien de fois entend-on « salut » dans la rue lorsque deux ou plusieurs personnes se croisent pour se souhaiter une bonne journée. Ses déclinaisons font également partie de la vie quotidienne : sauveteur, sauveur, sauvé… Des mots qui nous sont familiers.

La spécificité de la sotériologie chrétienne. Toutes les théories du salut se caractérisent par deux éléments : « Un diagnostic pessimiste ou lucide d’un état actuel pénible et dangereux et une affirmation optimiste de la possibilité de s’en sortir », explique Denis Moreau. À la différence de la sotériologie chrétienne, les doctrines modernes du salut mettent, elles, en avant la possibilité de l’humanité de se sauver seule : « ne me sauve pas, je m’en charge ». Une sorte d’ « autosalut » qui se veut autonome, note le philosophe. Et de préciser : « Mais, pour un chrétien, l’opérateur du salut, c’est l’Autre ». C’est donc cette intervention extérieure, divine, qui caractérise le salut dans la chrétienté.

Au delà de nos besoins. Être sauvé dans le christianisme, qui est d’ailleurs une religion du salut, place ainsi le Sauveur dans un rôle central alors que le sauvé, lui, reste passif. Et ce Sauveur, c’est Jésus-Christ. « Avec Lui, soutient Jean-Baptiste Lecuit, Dieu ne se contente pas de nous sauver du mal, mais Il nous offre une vie nouvelle ». Cette dimension divine du salut dépasse largement nos besoins immédiats. « Ce n’est donc pas seulement une simple libération du mal, c’est une révélation qui vient bouleverser notre façon de penser, un acte de transformation radical par lequel nous devenons fils ou filles de Dieu », souligne le théologien.

Le salut aujourd’hui. Comme ce plan divin contraste avec les attentes directes des hommes, cela engendre des conflits intérieurs. « Nous ne sommes pas spontanément ouverts à la logique de Dieu », rappelle Jean-Baptiste Lecuit. Difficile pour l’humain de sonder ce que son Créateur prévoit pour lui, comme le dit si bien saint Paul dans sa première épitre aux Corinthiens, chapitre 2, verset 9 : « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, voilà ce que Dieu a préparé pour ceux qui L’aiment. »

Tous ont donc besoin d’être sauvés. Mais, ce salut intégral ne peut pas s’opérer par la seule force humaine. Il faudrait un agent sauveteur. Les chrétiens ont alors la mission « de faire admettre aux hommes de la terre qu’ils sont passifs et qu’ils devront reconnaître leur peur de la mort et se confier alors à Celui qui l’a vaincue », conclut Denis Moreau.

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